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 [Terminé] Concours de nouvelles n°1 Juin-Aout

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Laquelle de ces nouvelles préférez vous et trouvez vous le plus fidèle aux musiques choisies ?
Rex Mizuhashi : Musique 3
22%
 22% [ 2 ]
Zelda Rozova : Musique 5
11%
 11% [ 1 ]
Ziassan Sarisiël : Musique 5
67%
 67% [ 6 ]
Total des votes : 9
 

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Lily
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MessageSujet: [Terminé] Concours de nouvelles n°1 Juin-Aout   Sam 9 Juin - 16:58

C'est donc ici que les candidats posteront leur nouvelle.
Vous devrez créer une nouvelle et me la rendre par message perso avant le 20 aout.
La seule règle c'est de respecter le thème :
Vous choisirez une de ces musiques (vous préciserez laquelle dans votre post avec la nouvelle) et devez vous en inspirez pour la nouvelle (clic droit enregistrer sous pour télécharger les musiques) :

Music 1
Music 2
Music 3
Music 4
Music 5
Music 6
Music 7

Le pack zippé avec toutes les musiques :
Pack de 35Mo

(Cliquez sur le lien, ouis sur Free en bas de la page, entrez les chiffres et lettres indiqués en dessous de "No premium user. Please enter" dans l'emplacement prévu à cet effet puis cliquez sur "Download via ...")

Il faut qu'à la première lecture on puisse reconnaître la musique du premier coup. Par exemple, vous pouvez vous inspirez de l'ambiance qu'elle créé ou l'intégrer pour qu'elle aie une importance cruciale dans votre nouvelle.
Surtout, soyez inventifs ^^
Dès que toutes les nouvelles (1 par candidat) sont déposées (même si c'est avant le 30 juillet), j'ouvrirais un sondage pour que les membres puissent voter pour désigner le vainqueur.
Celui qui recevra le plus de votes gagnera un rang spécial (qui ne conférera aucun pouvoir, mais permettra de le distinguer des autres ^^) et toute la sympathie des membres et de l'équipe de modération du forum.
Je n'autoriserai aucune remarque dans ce topic, seulement les nouvelles des candidats et le numero de la musique dont chacun s'est inspiré.
Les remarques et commentaires sont à faire ICI.

Les candidats :

[O] Rex Mizuhashi : Musique 3
[O] Ziassan Sarisiël : Musique 5
[O] Zelda Rozova : Musique 5

Si quelqu'un qui n'est pas dans cet liste veut être candidat pour ce concours, qu'il le signale ICI, idem pour un désistement.

A vos claviers/crayons/stylos/machines à écrire et que le meilleur gagne !

[Edit : le concours est maintenant fini, les nouvelles écrites sont visibles dans les prochains messages ^^ a vous de voter !]

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Lily, admin en chef et "fantôme" à ses heures perdues ...


Dernière édition par le Mar 21 Aoû - 18:27, édité 4 fois
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Lily
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MessageSujet: Re: [Terminé] Concours de nouvelles n°1 Juin-Aout   Mar 21 Aoû - 18:24

Rex Mizuhashi : Musique 3
Rendu le 16 juin

Partie 1 :

Dans la lueur hyaline et blafarde de la lune couronnant la nuit, de cuisses de femelles éclairées d’une lueur lactescente et écartées avec obscénité naquit une nouvelle créature. La femme en nage baignée de sueur et de sang laissa un dernier râle s’échapper de sa bouche et s’écroula à terre dans l’herbe souillée, trempée par l’averse continue, tandis qu’une odeur méphitique envahissait peu à peu l’air, enveloppant le nouveau-né comme un halo chimérique. Le nouveau-né, ou plutôt, la nouvelle-née, elle. Promue à une existence étiolée, à jamais caractéristiques de ses songes utopistes.
Elle était née dans une campagne perdue, à l’écart de tout, où sa mère câtin s’était retirée pour accoucher, neuf mois presque jour pour jour après avoir dépucelé un des sybarites de la capitale. Elle était allée compulser une pythonisse après l’événement, qui lui apprit qu’elle mettrait au monde un enfant dont le père serait un tout jeune adulte. Un môme, ce n’était pas bon pour les affaires ; c’était la fin de sa seule source de revenus, la prostitution, et le début des emmerdes : perte d’argent, pyrrhonisme, complexe d’Œdipe…non, et puis, elle était encore jeune, son corps plein de ressource ; elle n’en voulait pas.

Ainsi quitta t-elle en cette pluvieuse nuit le nid où elle conçut son seul et unique enfant, la fillette. Celle-ci dans l’état où elle se trouvait, n’avait quasiment aucune chance de survie, et elle serait morte si elle n’avait pas été secourue sur l’heure. Elle fut recueillie par un vieux couple de paysans, de bucoliques prolétaires que les cris avaient attirés par cette sombre nuit. Ils ne pouvaient avoir d’enfant et, comme le hasard fait parfois bien les choses, ils tombèrent sur une toute jeune fille abandonnée dans la nature.
Elle grandit dans ce paysage truculent, devenant une petite enfant de cinq ans pétillante et pleine de vie. Elle reposait dans la nature verdoyante, buvant au ruisseau, se sustentant des fruits. A longueur de journée elle roulait dans les fougères, effleurait la pointe des herbes du bout de ses doigts d’albâtre et enlaçait les fleurs aux pétales épanouis, avant de passer des lappus sur l’épiderme de son visage avec un air complaisant. Elle cueillait des racèmes de raisins dont le jus coulait sur son menton et dans son cou tel la semence de Mère Nature. Le crépuscule envahissait l’espace et elle s’allongeait sous les poiriers en fleurs, touchant délicatement leur scabre enveloppe. Les mécoptéroïdés aux ailes luminescentes voletaient autour d’elle en un bruissement feutré et elle fermait les yeux, conversant des longues heures pâles avec une entité sous-jacente sous un ciel piqueté de myriades d’aérolithes. Elle n’aimait pas la pluie. Se sentir trempée et froide, tout était noyé et avalé, tout était malheureux. Lorsqu’il pleuvait, elle ne pouvait plus observer à loisir le vaste ciel d’azur indifférent. Le monde était terne et gris. Oui, elle détestait la pluie.
Le couple âgé de paysans l’éleva comme leur propre fille et elle grandit sous de beaux auspices, apprenant la pêche, la chasse, la cuisine aussi. Plus que tout le reste, ils l’aimèrent. Il lui donnèrent un nom, elle qui n’en avait pas.
Baignée dans ce cocon de félicité et de bonheur, elle crut naïvement à l’existence d’un monde équipollent. Il lui semblait que tout était facile, elle était une fille au dynamisme débordant, irradiant de détermination et de courage, à la volonté extraordinaire…une fille dont l’énergie est capable de tout balayer…un être fort…qui regorge d’espoir…

…mais tout est relatif et, le cas échéant, rien n’est éternel. Un beau jour, ou plus correctement un mauvais jour, cette belle farandole éphémère se termina. Un cancer létal emporta la vieille mère adoptive dans les nuées souterraines et il ne resta plus qu’eux, le vieux et la jeune. Se promenant dans la nuit elle comprit qu’encore une fois la situation ne durerait pas et que le vieux lui aussi bientôt passerait l’arme à gauche. Cette nuit là, son cœur de petite fille ingénue fut désenchanté, et en contemplant le jeu nocturne de deux « Asio flameus » elle se promit que quand le jour fatidique arriverait, elle serait prête.

Ce fameux jour arriva cependant plus tôt qu’elle ne l’avait prévu, et c’est à douze ans qu’elle se retrouva orpheline une fois de plus. Que pouvait-elle faire ? Existait-il quelque part un endroit où elle pourrait aller et vivre ? De toutes les façons, ce n’était pas en restant en ce lieu de deuil qu’elle parviendrait à ressortir de l’impasse dans laquelle elle s’était fourvoyée. Ainsi la volition au cœur elle quitta sa région natale et s’égara dans le monde. Sa jobarderie la poussait en avant comme un souffle attrayant et elle courrait à ses folles cavalcades, quittant sa campagne perdue pour traverser les marais, les torrents, les montagnes couvertes de saponaire où elle se laissait tomber avec délectation, s’enivrant de leur parfum suave.
Mais son beau voyage ne dura pas. Non, à douze ans, on est encore bien trop jeune pour être en sécurité quand on est seul. Un matin, alors que paraissait à peine l’aube aux doigts rosés, elle tomba sur une caravane de marchands d’esclaves qui la prirent avec eux, après avoir tâté ses bras grêles avec suspicion et déclaré qu’elle était tout de même robuste pour son âge et qu’ils pourraient en tirer un bon prix. A travers les barreaux elle continua donc son odyssée, observant à longueur de journée le paysage sous les ondées sans piper mot, assise au milieu des lamentations des autres prisonniers, dont la sénescence était de plus en plus flagrante. Certains moururent, et on les balança par dessus bord, faute de mieux, sous le regard de la jeune fille qui observait son existence prosaïque avec apathie. Les appels de son cœur résonnaient seuls dans le lointain.

Et enfin, après de nombreux mois, le long périple prit fin. La caravane atteignit la capitale bondée à l’été, au moment où la chaleur était à son zénith. L’adolescente assoiffée regardait le tumulte des marchés, le va et vient incessant des passants sur le boulevard pimpant, étourdie par tant de foule et de brouhaha. Partout, ce n’était que cris, bousculades ou rires ; où était passée sa belle campagne, le doux murmure du vent à ses oreilles, le clapotis du ruisseau, la mélodie du chant des oiseaux ? Elle était désorientée, mais le pire l’attendait encore.

Au marché noir, elle fut vendue à une famille de riches bourgeois qui avaient envie d’une domestique à moindres frais. On la libéra de ses entraves, on la conduisit dans une maison de gens richement vêtus ; partout ce n’était que luxe, dorures, broderies et porcelaines, velours vermillon, argent et opale. Elle estima qu’elle avait de la chance de ne pas être tombée dans un endroit vétuste comme c’était arrivé à ses camarades de cellule. Les pièces étaient vastes et accueillantes, la cheminée toujours renfermant un foyer grondant et incandescent dont la lueur faisait danser par intermittence des étincelles dans ses yeux. Elle se crut à l’abri, cependant ses nouveaux maîtres, fussent-ils riches, la considéraient comme une traînée, une moins que rien, l’observant d’un air hautain et sardonique et ne manquant pas une opportunité de se moquer d’elle. Pendant 7 ans entiers, elle fut contrainte à une vie de servitude, dominée par les regards méprisants d’un père de famille parcimonieux et de son épouse pudibonde qui la vilipendait sans cesse. Elle les servit comme elle le devait, n’ayant aucun échappatoire. Ses journées analogues devinrent mornes et difficiles, les même principes toujours se répétant : faire le ménage, la vaisselle, préparer le repas, laver le linge…Elle devint maigre, famélique, sa peau frêle seulement couverte de haillons pour masquer sa nudité. Sa vie se limita bientôt à seuls quelques mots : écoute, fais, obéis, ne t’oppose à rien. Fantôme elle se levait à l’aurore et telle une automate exécutait les moindres désirs de ses supérieurs. Petit à petit elle s’oublia, ne devenant peu à peu que l’ombre d’elle-même, un souvenir fugace et évanescent, une esquisse d’adolescente à l’œil terne et au teint cireux. Son corps était comme une coquille vide que ses souvenirs avaient déserté. Il n’y avait pas un seul parvenant à effacer le mal qu’elle éprouvait alors à vivre…aucun ne lui offrait la paix. Peu à peu elle oublia tout ; son nom, son existence, ses valeurs, ce qu’elle avait été. Elle ne fut plus qu’un fruit indéhiscent, « l’esclave » comme on la désignait, du bout du doigt sans trop pourtant le tendre comme si ils avaient la crainte d’attraper un virus opportuniste. Tous les jours elle passait devant les vitres de la demeure et observait la pluie drue tomber avec insistance, ne l’ayant jamais autant détestée qu’en ce moment même. Son cœur était à l’image du ciel : sombre et gris.
Mais il y avait Lui. Le magnifique jeune homme peint sur le portrait du premier étage. Elle passait dans ce couloir chaque matin pour assister au lever de sa maîtresse, et chaque matin elle s’arrêtait, longtemps, contemplant d’un air éperdu et éploré la peinture qui lui souriait. Il était blond, avec des cheveux lisses Lui arrivant aux épaules, et coiffés en arrière d’une manière tout à fait charmante. Ses yeux bleus azur pétillaient de gentillesse et de malice au milieu d’un visage ovoïde à la peau qui semblait veloutée, douce à la couleur de pêche. Il était sa seule distraction, son seul et unique objet de fascination ; bientôt elle en vint à l’adorer, le vénérer, passant devant sa toile en rougissant et détournant les yeux comme si elle s’était attendue à ce qu’Il la regarde. Elle le saluait tous les matins, timidement, et à ses déclarations enflammées, seul le silence lui fit écho. Très vite, elle s’énamoura de son image, si nouvelle et si chérissable. Il était un rayon de soleil dans une vie sans lumière, une bouffée de printemps en plein cœur de l’hiver, et un rai de beau temps dans une pluie diluvienne. Toujours, Il l’aida à ne pas perdre pied, à ne pas sombrer dans le désespoir, à ne pas céder à ce firmament noir qui tentait de l’engloutir. Jamais il n’y eu dans son cœur tant de misère et pourtant tant d’espoir ; elle regardait s’illuminer l’horizon baigné de lumière chaude, et elle disait que Dieu la faisait pour Cet homme, et qu’Il l’appelait son soleil de minuit. Assise devant Lui à le contempler pendant des heures, elle s’imagina mille et un scénarios sur sa vie. Qui était-Il ? Un prince charmant, sûrement, courageux et fort, qui viendrait l’arracher à sa vie de servitude. Elle se levait et, collant son visage à même la toile, l’embrassait langoureusement, passant sa langue sur la peinture sèche, poussant des petits gémissements de plaisirs. Son corps frottait ses formes rondes comme un objet sphérique sur le tableau inerte. Et lui, toujours, Il la regardait, avec son petit sourire en coin, sur un arrière plan marine. Sur le bord inférieur droit de la peinture, écrites en grandes lettres bleu indigo, s’alignaient les inscriptions : « Blue ».
Blue…son nom à Lui ? Ou celui de l’artiste ? Qu’importe ; désormais, « blue » ne fut plus pour elle un simple mot mais tout une vie, une représentation concrète et manifeste de son amour, de son désir. Blue…blue…blue… elle avait envie de le chanter à tue-tête, de toujours adorer et choyer ce nom qui représentait tout pour elle. Peu à peu, ce fut ce son qui la poussa toujours en avant, lui donnant l’espoir, l’envie, la volonté. Une nouvelle ère s’annonçait pour elle. Sa vie de captivité était révolue. Elle courut dans la nuit à en perdre haleine, l’herbe haute battant ses jambes nues et un poids de côté lui sciant les côtes. L’air frais nocturne et délétère s’engouffrait dans ses poumons comme un souffle de vie. Elle avait froid, elle avait faim ; qu’importe, elle s’était échappée, plus rien ne la retiendrait. Elle devint aigle, cheval, vent ; elle courut et courut encore dans une folle cavalcade, et ne s’arrêta que lorsque son cœur fut sur le point d’exploser.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Concours de nouvelles n°1 Juin-Aout   Mar 21 Aoû - 18:24

Rex Mizuhashi : Musique 3
Rendu le 16 juin

Partie 2 :


Ainsi commença sa dérive dans le monde. Elle avait la sensation, longtemps avant, d’avoir déjà vécu situation similaire ; celle d’un voyage sans but, errante, égarée. Elle traversait les villes sans jamais s’arrêter, ne regardant que le bleu du ciel, le bleu des objets, le bleu des yeux, le bleu de l’eau. Son rêve charmant la hantait toujours le soir, dans des songes propices à l’osmose.
L’année de ses 20 ans, elle rencontra Yudaï. Son cœur de prince généreux la prit en pitié et il l’a reçu sous sa tutelle, lui enseignant soudain tout ce qu’elle, ingénue, ne savait pas des merveilles du monde. Il lui apprit la poésie et la danse, la musique et le dessin ; avec lui elle redécouvrit ce qu’était la vraie vie, qu’elle n’avait pas vécue depuis longtemps. Elle n’avait pas de nom ; il l’appela « chère » et l’emmena partout, du plus haut sommet jusqu’au plus profond souterrain. Ensemble ils allèrent à la mer, et elle contempla pour la première fois cette étendue infinie aux senteurs iodées, parsemées de tâches immaculées qui faseyaient dans l’air vif ; et elle était ravie, car tout était bleu. Ce fut une faste période. Ils devinrent amants, et il lui fit voir les plaisirs de l’acte charnel. Yudaï dévoila ce qu’il y avait de plus profond en elle ; avec un soupir satisfait il découvrit ses épaules, laissant apparaître une beau blanche, puis des gorges d’ivoire à la courbure voluptueuse. Bientôt tout son corps entier de jeune vierge fut mis à nu, s’exposant aux regards concupiscents de son aimé. Monts et vallées s’étendaient sous un climat hyalin, que ne venait rompre seul l’égarement d’une tâche de son. Son enveloppe charnelle perçut à peine cette première caresse qui la corrompit et ils jouirent tous deux en un long et frémissant orgasme, qui les emporta si haut et si loin qu’il ne semblait jamais vouloir s’apaiser. Elle s’évanouissait dans une kyrielle de sentiments nouveaux, dont celui de l’admiration qu’elle éprouvait pour son autre, qui devenait à la fois multitude, charnier et cavalcade. Toujours il caressa son cœur avec délectation, la prenant sans jamais se donner tandis qu’elle, lascive, s’adonnait à l’onanisme et s’offrait à lui en entier, expiant un pêché jactant. Quant enfin le tumulte de leurs corps enchevêtrés s’apaisa, mus par un sentiment de neurasthénie profonde, ils se lovèrent l’un contre l’autre et regardèrent la lumière du soleil levant. Elle illuminait sereinement tout ce qui les entouraient. Mais elle illuminait aussi de lointains horizons.

Lorsqu’elle dit à Yudaï, qu’elle se souvenait de toujours avoir détesté la pluie, celui-ci se contenta de sourire et sans mot dire pointa du doigt les nuages diaphanes crevés qui déversaient des torrents d’eau en étendant leur ouate dans l’éther empyré. Lui, avait-il déclaré, n’aimait pas non plus la pluie, mais il l’appréciait quand même, pour ce qu’elle était. La pluie, c’était comme les larmes ; elles paraissaient toujours indésirables sur le moment, mais avec du recul on s’apercevait que pleurer faisait beaucoup de bien. C’était pareil avec la pluie, qui lavait les plaies et les peines spirituelles, de même qu’il y avait toujours un printemps après un hiver. Il lui avait dit aussi que, de plus, qu’elle qu’était l’intensité de l’averse, on pouvait être sûr que quelque part ailleurs, le ciel était bleu, et que si le temps était à la pluie, c’était pour mieux se préparer à accueillir un ciel radieux.

Mais l’Eden permanent dans lequel elle vivait prit, lui aussi, bientôt fin. Elle dut se séparer de Yudaï, et cette dichotomie prit la forme de quatre soldats qui vinrent chercher le jeune homme, avec un mandat de réquisition. Le pays était en guerre, et l’on était en manque de jeunes gens vigoureux et forts ; on lui dit que c’était un ordre du gouvernement, qu’il n’avait pas le choix, et surtout qu’on ne savait pas quand il allait revenir. Il n’eut pas trop le choix. Elle était effondrée de voir ainsi partir celui qu’elle considérait l’homme de sa vie, l’incarnation de Blue lui-même. Leur séparation fut un véritable déchirement. Juste avant de partir, Yudaï lui remit un morceau de papier, sur lequel il était écrit « testament » et qui stipulait qu’à la mort de celui-ci, tous ses biens lui seraient légués. Elle le regarda une dernière fois, et des larmes d’opale aux reflets irisées jaillirent de ses prunelles. A ce même moment, un orage éclata dans le ciel, et elle fut noyée et avalée par un torrent de désespoir.
Les mois passèrent. Ces longues périodes d’attente furent les plus douloureuses de sa vie car, non contente d’être sans nouvelles, elle ne pouvait plus sentir à ses côtés le doux contact de la main de Yudaï. Quoi qu’elle fasse, à chaque fois qu’elle pensait à lui, elle s’effondrait en larmes. Cette situation insupportable dura pendant 3 longues années. Enfin, elle apprit qu’une grande bataille s’était déroulée dans les pays de l’Est, et que la division de Yudaï était concernée. Névrosée, elle patienta encore. Un planton vint finalement la voir pour lui remettre une lettre, muet, et repartit comme il était arrivé ; comme si il n’avait jamais été qu’un rêve.
La mort de Yudaï, ainsi que ses dates et ses circonstances, était inscrites en grandes lettres vermillons sur le parchemin. C’était si soudain qu’elle ne pouvait même pas en pleurer. A côté, il y avait un colis qu’elle déballa pour découvrir le premier et dernier cadeau de son amant : une robe. C’était une étoffe chaude, piquetée de mille points scintillants qui brillaient autant de prunelles luminescentes : le fond était cyan rouillé, avec un étal d’aura noire, faible, semblable aux prémices du crépuscule. L’étreinte ténébreuse s’estompait peu à peu, dégradée dans le bleu, en une fusion étrange, un contraste étonnant, le tout baigné dans une lueur mystique, une palette d ‘or nuancée rappelant le couché du soleil sur un vaste océan.
Elle resta longtemps ainsi, prostrée dans la nuit qui tombait lentement, écoutant le hibou et sa plainte à laquelle personne ne répond.

Deux mois plus tard, elle s’engageait dans l’armée. On lui remit l’équipement nécessaire, on lui attribua une division et on lui dit que, si elle le souhaitait, elle pourrait très bientôt partir sur le terrain, en mission dans les pays Orientaux. Elle approuva et se vit remettre une liste des rangs ennemis. Lors d’une réunion/briefing, on lui présenta sur un portrait, le chef des forces adverses. Un jeune homme blond aux cheveux lisses, qui lui souriait. Et elle ne dit rien encore, car il avait les orbes bleus.

Quand son capitaine de section vint la voir personnellement, il considéra d’un œil critique ses bras grêles et lui demanda son nom.
Elle hésita, puis répondit : « Blue »

A l’extérieur, haut perché sur un chêne, le rossignol venait de lancer son premier cri du printemps.
Il ne pleuvait plus.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Concours de nouvelles n°1 Juin-Aout   Mar 21 Aoû - 18:27

Zelda Rozova : Musique 5
Rendu le 21 aout

Ses longs doigts et sa paume se posèrent avec assurance sur la lourde porte. Elle caressa doucement le bois, passant ses ongles parfaitement manucurés dans les rainures, tentant de deviner ce que pouvaient bien représenter ces gravures rien qu’au toucher. On lui avait dit que la cathédrale resterait ouverte un peu plus tard que prévu, de sorte qu’elle pourrait y pénétrer seule à l’insu des religieux et des catholiques ; et se préparer mentalement à ce qui suivrait. La porte glissa sur ses gonds sous la pression de sa main, provoquant un grincement un peu sinistre. Elle l’entrebâilla légèrement, et se glissa furtivement dans l’immense édifice à peine éclairé. L’odeur si particulière aux églises vint titiller ses narines. Cela sentait le renfermé, l’humidité, la poussière, mais aussi les vieilles pierres polies par le temps, tout ceci mêlé à une légère odeur d’encens vaguement écoeurante.
L’écho du bruit de la porte se renfermant se répercuta dans toute l’église, rebondissant contre les piliers et les statues de Saints, puis il alla se perdre au fond de la nef. Les pieds nus de la jeune femme glissaient silencieusement sur le pavé froid. Sa silhouette se distinguait confusément dans la pénombre, ses contours se confondaient avec les pierres agencées un peu n’importe comment. Sa capuche rabattue jetait un voile d’ombre sur la partie supérieure de son visage, on ne voyait que ses lèvres légèrement entrouvertes, inspirant et expirant avec lenteur. Son souffle était régulier, seul le léger tremblement de sa main gauche trahissait une quelconque émotion.
La seule lumière de la bâtisse émanait des bougies allumées pendant le jour par les fidèles. Elles achevaient de se consumer, exauçant ou non les vœux pour certains trop futiles. La lune éclairait un vitrail un peu plus en avant, semblant donner vie à la robe rouge sang d’un ange. La vierge Marie assistait à cette scène, Jésus tout contre son sein, avec une expression de stupeur figée sur ses traits. L’ange la fixait intensément de ses grands yeux bleus. Le reflet de la verrière s’étalait un peu plus loin sur le sol, sous les grandes voûtes de pierre ogivales. La jeune femme passa dessous sans prendre le temps d’admirer la somptuosité de l’architecture. Sa cape de velours noir traînait derrière elle, découvrant des chevilles enduites d’une substance luisante ocre.
Elle se dirigeait vers les catacombes, il aurait été imprudent d’accomplir le rite ailleurs qu’en sous-sol. De plus la lumière aurait attiré l’attention, et peut-être compromis l’évènement. Elle regardait droit devant elle, ne se laissant pas distraire de son but. On devinait un peu mieux ses yeux, deux gouffres noirs, froids, vides. Ils n’exprimaient rien, on avait beau y plonger, tenter de sonder leur profondeur, chercher une quelconque trace de sentiment. On n’arrivait qu’à s’y noyer, s’y noyer dans un vide infini. Personne n’avait su briser ce bouclier d’indifférence, c’est peut-être pour cela qu’elle avait été choisie, elle, plutôt que tout autre ! Ils avaient vu dans ce visage placide une sagesse immense, l’impression d’invulnérabilité qu’elle affichait avait séduit. Elle s’était fermée au monde humain il y a bien longtemps. Même lorsque l’on était tout près d’elle, on avait la sensation qu’un immense fossé nous en séparait. Et cette distance vint à être interprétée comme une communication avec les dieux. Elle passa du statut d’ « arriérée » à celui d’ « oracle », un délire mystique d’hommes illuminés en mal de situations extraordinaires.
Arrivée devant l’autel, elle tourna à droite et marcha jusqu’à se retrouver en haut des escaliers menant aux catacombes. Des rangées de cierges marqués d’une croix éclairaient le couloir, mais ils s’espaçaient de plus en plus au fur et à mesure de la descente. Ainsi la fin de l’escalier était plongée dans l’obscurité totale. Toujours aussi calme, du moins en apparence, elle commença sa descente dans les profondeurs de la terre. Les reflets des flammes dansaient sur le sol, léchant amoureusement les pieds de la jeune femme. Insensible à ce magnifique jeu d’ombre, elle continuait d’avancer. Son allure était étrangement régulière, comme si ses jambes suivaient un tempo n’existant que dans son imagination. Elle ne faisait aucun geste inutile, et était toujours aussi impassible comme si tout ceci n’était qu’une mise en scène qui avait été répétée un milliard de fois. Elle faisait cela parce que cela devait être et que personne ne pouvait se soustraire à son sort. A cet instant elle paraissait plus que jamais un spectre. Le peu de bruit que ses pieds faisaient en se collant et décollant des dalles était étouffé par le bruit de la cape glissant sur la pierre. Elle semblait glisser à quelques centimètres au dessus du sol, une force invisible la poussant irrémédiablement vers son destin. Elle se tenait droite, la tête haute, les bras le long du corps, ressemblant plus à une poupée de cire qu’à un être humain. Un automate aurait fait pâle figure à côté d’elle, en plus de cet automatisme inhumain, elle possédait une beauté désarmante. Il n’aurait guère été étonnant qu’à cet instant elle s’écroula sur le sol et que l’on découvre que son corps n’était pas fait de chair et de sang, mais d’un système électronique très complexe.
Elle passa sous une arche de pierre minutieusement taillée. Le sculpteur s’était particulièrement appliqué à travailler l’expression des visages des démons et de leur souffre-douleur. N’importe qui, ne possédant pas la moindre once de sensibilité à l’art, aurait ressenti le venin de haine que crachaient les langues fourchues des diablotins. Ainsi que la détresse dans les yeux des damnés, condamnés à se consumer à jamais, se tordre de douleur dans les flammes de l’enfer pour l’éternité. A l’inverse la représentation du paradis donnait l’impression d’avoir été bâclée. Les anges semblaient las, totalement impuissants face à l’armée des incubes qui les dévisageait avec une ironie haineuse. Peut-être le sculpteur avait-il voulu signifier qu’ici, sous la terre, nous étions bien plus proches de l’Enfer que du Paradis, gare aux être faibles. Le Diable n’était pas loin. Cette fois ci, les yeux de la jeune femme survolèrent la représentation. Mais si elle en fût un tant soit peu troublée elle n’en laissa rien paraître.
Enfin, elle s’arrêta devant une petite porte en bois tout ce qu’il y a de plus banale, sans aucun ornement. Comme si elle avait perçu un ordre muet de la visiteuse lui ordonnant de glisser sur ses gonds, elle s’ouvrit. Une lumière éblouissante inonda le visage de la jeune femme, mais elle ne cilla pas. Elle resta stoïque face à la multitude d’yeux rivés sur elle, elle les ignora tout simplement superbement. Ses pensées, son regard, et tout son être semblaient être attirés par l’autel qui leur faisait face : une dalle de marbre blanc soutenue par des colonnes de métal scintillant. Le plafond était voûté, ne faisant qu’un avec les murs plantés d’innombrables torches. Une douce lumière jaune baignait toute la pièce. Et pourtant l’atmosphère était pesante, la peur tourmentait tous les esprits. Ils appréhendaient l’instant où leur destin serait scellé, la crainte les étouffait de l’intérieur. Certains voulaient que cela se termine, d’autres souhaitaient voir le temps se ralentir, jusqu’à s’arrêter. Se figer sur le moment ou le pied droit de leur sauveuse ou leur bourreau ils ne savaient pas encore, poserait son pied sur le tapis rouge.
Les gens venus assister à la scène étaient tous vêtus de blanc, hommes et femmes avaient été séparés. Les individus de sexe masculin à gauche, ceux de sexe féminin à droite. Aucun enfant n’avait eu le droit d’assister à la cérémonie, ceci ne serait jamais pour eux qu’une légende vécue par leurs parents. Ils étaient tous agenouillés, la tête tournée vers la jeune femme. Elle s’immobilisa devant le tapis rouge qui menait à l’autel. Les deux gardes qui se trouvaient à l’entrée vinrent se poster près d’elle. Sur un signe de tête de l’homme qui semblait diriger la cérémonie, une main légèrement tremblante, d’émotion sans doute, vint dégrafer la broche qui attachait la cape de la jeune femme. Le tissu s’entrouvrit laissant entrevoir sa nudité. Le second gardien se plaça derrière elle, elle sentait son souffle chaud dans son cou. Sur un nouvel ordre du « Grand prêtre », il abaissa sa capuche et fit délicatement glisser la cape de ses épaules. Son corps était intégralement recouvert de cette substance ocre qui faisait briller sa peau. Ses yeux étaient toujours dénués d’expression, ils semblaient regarder dans un autre monde, une autre dimension inaccessible aux humains. Ils n’étaient en fin de compte là que pour combler ses orbites.
Sa présence ne semblait qu’une illusion, sa peau ne comportait aucune imperfection. Du moins avaient-elles été dissimulées par l’enduit. Ainsi immobil,e face à la foule silencieuse, on aurait pu la prendre pour une déesse. Tous les regards convergeaient vers elle, personne ne pouvait échapper à l’emprise de sa beauté. Ni homme, ni femme. Dans certains yeux on pouvait lire un désir ardent. Il partait du bas ventre, nouant leurs entrailles. Puis il remontait vers la gorge où il semblait se coincer, empêchant l’air de circuler, il les étouffait presque. Leur cervelle bouillonnait, assaillie de pensées contradictoires, il le fallait mais pourtant c’était si dur, elle était si belle. Il y avait aussi cette envie de hurler à la mort, parce qu’ils se savaient condamnés, condamnés à ne pas pouvoir la toucher, ne serait-ce que l’effleurer. Et ce désir se muait alors en une douleur sourde. Ils ne pouvaient que continuer à la contempler, en espérant follement que le feu de leur regard brûlerait sa peau. Qu’elle les sentirait.
Lorsque son pied droit entra en contact avec le velours rouge du tapis, une musique lointaine se déclencha dans sa tête. Le son des violons emprisonnait tous ses sens, influant sur sa façon de se tenir. Sa démarche était décidée, sa tête haute, les muscles de son visage s’étaient décontractés. Il était trop tard pour faire demi-tour. De toute façon ils ne l’auraient certainement pas laissé partir. Ils se seraient tous jetés sur elle et auraient réduit son corps en charpie. S’arrachant ses membres comme des bêtes affamées. Toute appréhension avait disparu, il ne restait que l’incertitude. Si ceci était une erreur, le grand prêtre mourrait, il en était pleinement conscient. Dans le cas inverse, on ne se répandrait pas en remerciements, on ne le couvrirait pas d’or, on ne le récompenserait pas comme il se doit. Cela paraîtrait tout simplement naturel, comme si l’issue avait été certaine depuis le tout début.
La jeune femme se prosterna devant l’autel, fermant les yeux un bref instant. Puis elle gravit les quelques marches qui l’en séparaient encore ; sans hâte. Elle s’allongea sur le marbre froid, les bras tendus, son corps formant une croix. Elle respirait doucement, ses yeux regardaient le plafond blanc immaculé. Certainement un avant-goût du paradis. Le grand prêtre s’était placé derrière sa tête un sourire mystérieux planant sur ses lèvres. Il sortit un bout de tissu d’une poche de sa robe et le déplia. A l’intérieur reposait une dague. Le manche était en or, incrusté de pierres précieuses, la lame était en fer. A en juger par la rouille qui apparaissait ça et là, elle était ancienne et avait déjà servi. Leurs ancêtres s’en servaient déjà par le passé, pour sacrifier des animaux aux dieux. A présent on allait sacrifier une femme. Il leva la dague au dessus d’elle, et d’un geste fluide et courbe alla la planter dans la chair de la jeune femme. La lame traversa la peau un peu en dessous du sternum et son inclinaison la mena droit au cœur, ne rencontrant aucune résistance. Le sang se répandit rapidement, striant de rouge la peau de la sacrifiée pour ensuite aller serpenter sur le marbre. Des gouttes allaient déjà s’écraser sur le sol. Le son qu’elle faisait à son contact semblait étrangement fort, se répercutant dans toute la salle. Tout le monde avait retenu son souffle et à présent, se taisait.
Au moment où le fer et la chair se mélangèrent, ses lèvres trop pâles s’entrouvrirent, laissant échapper un long hurlement de douleur. Mais le son ne sembla arriver aux oreilles des hommes que quelques secondes plus tard, comme si leur esprit avait tout d’abord refusé l’acte accompli. Un cri qui vous glaçait le sang tant il contenait de haine mêlée de désespoir. Du moment où elle avait su qu’elle serait immolée, elle s’était renfermée sur elle-même. Et dans ce dernier soupir, c’est toutes les choses ressenties durant les dernières semaines qu’elle exhalait. Elle ne versa aucune larme, et pourtant la détresse et la tristesse qui perçaient dans sa voix étaient effarantes. Ses mains étaient agitées de tremblements convulsifs et ses yeux luttaient pour rester ouverts jusqu’au dernier instant. Lorsqu’elle cessa de crier, sa voix hantait encore les esprits, la salle lui faisait toujours écho. Enfin elle arriva au bout de son souffle et s’éteignit. Sa tête se reposa doucement sur la dalle et ses doigts se détendirent, ses mains pendant mollement en dehors de l’autel. La scène semblait s’être figée, l’issue encore incertaine. L’assemblée ne savait pas si elle devait se réjouir ou bien frémir.

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MessageSujet: Re: [Terminé] Concours de nouvelles n°1 Juin-Aout   Mar 21 Aoû - 18:27

Ziassan Sarisiël : Musique 5
Rendu le 21 aout

Note : Les passages correspondants à la musique numéro 5 sont ceux du parcours de la ligne rouge.*

Dans le cadre d’un concours honorifique internet, basée sur la musique Karasu no Theme de Nanase Hikaru pour l'animé NOEIN


Lacus Mortis

Par C.Mary, Ziassan Sarisiël

© Août 2007

Nuit. Les lumières défilent à gauche, à droite, à gauche, à droite. Régulièrement. Je m’y accroche. Mes phares sont éteints. Je n’arrive plus à les allumer. Je fronce les sourcils et scrute la route à travers le pare-brise. Il est tard. Très tard. Comment vais-je expliquer ça à mon époux ?
La vérité ? Il ne comprendrait pas.

De toute façon, il ne s’en rendrait même pas compte. S’est-il même aperçu de mon absence ? Bien sur que non. Pour cela, il aurait du relever les yeux de son fils chéri, qui -au passage- est le mien aussi. Son père a tendance à l’oublier.

La route défile de plus en plus vite. La nuit est pesante. Une vraie chape de plomb. L’atmosphère est lourde, pesante. Je me courbe sur le volant, écrasée par cette tension ambiante. J’ai l’impression de respirer de l’huile. Je ne dois pas oublier les lumières. Je ne dois pas les oublier.

N’importe qui comprendrait ce que je ressens. Ce qui explique ma situation. Enfin... Mon haleine doit empester l’alcool. J’aimerais tant tout oublier. Mes deux raisons de vivre, mon mari et mon fils, s’éloignent peu à peu de moi. Mais aussi...

Lorsqu’il naquit, notre enfant se révéla un futur handicapé physique. Dès lors, son père, mon mari, fut comme obnubilé par ce problème. Il n’arrêtait pas de s’inquiéter pour son fils. Toujours à ses petits soins. Au début, il était juste particulièrement attentionné. Mais ce détail tourna à l’obsession au fil des ans. Rapidement, il commença à acheter tout ce dont son protégé pouvait avoir envie. Cédant à tous ses caprices, il alla même jusqu’à lui offrir des cours particuliers, car les écoles classiques n’étaient soi-disant pas adapté à sa situation. Sans leurs deux salaires, ils n’auraient jamais pu subvenir à toutes ces lubies.

Mais bientôt, ils n’en eurent plus qu’un. De salaire. Ce père si attentionné poussa le vice jusqu’à arrêter de travailler. Pour compenser, je dû faire de nombreuses heures supplémentaires, et même travailler le dimanche. A force, mon mari en vient à presque m’oublier. Il passait ses nuits aux cotés de son fils, puis les journées. Il arrivait qu’en passant à table je n’aperçoive que deux couverts. Bref, bientôt je ne vu plus aucun des deux lumières pour lesquelles je vivais. Cela fait longtemps que j’espère que cette situation s’arrange, mais je commence à douter. La douleur grandie de jour en jour, de minutes en minutes... Ma vie ne ressemble plus à rien.

L’obscurité s’intensifie. Je baisse les yeux sur la route. Je vais bien trop vite. Bien trop vite. Mais tant mieux. Je n’aime pas rester statique dans la douleur. Je n’arrive plus à réfléchir. Mes pensées s’embrouille. Tout d’un coup les lumières s’arrêtent, autour de moi tout est noir. Je continue ma route et soudain je réaperçois les lumières. Seulement deux... Côtes à côtes... Attirantes, et pourtant... Dangereuses... J’arrive dessus à toute vitesse...

L’impacte est d’une violence inouïe. Ma voiture se ratatine. La cabine du camion se détache de sa remorque sous le choc. Les lumières se sont éteintes. Il fait nuit. D’autres voitures arrivent pour s’encastrer dans l’accident. Je sors de la voiture, puis je marche vers le bas-côté. Je jette un œil derrière moi. Le conducteur du camion n’est plus là. Moi non plus.

*Il n’y a plus rien d’ailleurs. Plus de camion, de voiture. Plus d’accident ni de route, plus de champs. Même la nuit a disparue.
Autour de moi tout est blanc. Je panique, serais-je dans le néant ? Mais immédiatement un décor apparaît autour de moi. Un ciel bleu, des nuages blanc sous mes pieds .Il n’y a pas de soleil, la lumière semble venir de partout et de nulle part à la fois. Des colonnes couleur platine ornent la seul issu du lieu. J’y passe et découvre devant moi un somptueux paysage.

Des nuages forment comme un chemin au dessus du vide. Une ligne, rouge, ondule tout au long du trajet. Le chemin semble se perdre dans l’horizon. Tout est si paisible... et je me sens légère...
Mais je suis comme tiré vers l’arrière. Des voix résonnent vaguement dans ce paysage irréel. Des voix... familières. J’avance un pas. Puis deux. La lumière semble se fractionner en rayons magnifiques aux lueurs mordorées... au travers des nuages. L’air est si pur. Tout est blanc. Si blanc...

Je pose un pied sur la ligne rouge. Puis deux. Et je continue ma route. Un décor semble se former autour de moi.* Mais oui ! Me voilà dans une pièce. En hauteur. Une pièce lugubre... Qui... comment dire ? A ma gauche, une table, en bois vermoulu, sur laquelle est étalée une nappe noire. Les murs de la pièce sont recouverts d’un papier peint vert sombre. Ils sont également ornés de différents tableaux. Une vanité. Plus loin, une peinture représente une silhouette encapuchonnée, la faux à la main. Je commence à descendre les barreaux de l’échelle sur laquelle je suis perchée. Une fois les deux pieds au sol, je regarde en haut de cette échelle. Une trappe semble mener... quelque part.

Sur le coté, une cheminée abrite un tas de cendre éteintes encore fumantes. Mais éteintes. Sur cette cheminée, un curieux récipient est posé. Je m’approche. Je le prends dans ma main, et le lâche soudain. La cire encore chaude se répand sur le tapis. Je souffle sur ma main. La cire a figée, modelant ma ligne de vie, disparue sous cette matière opaque. Le silence est pesant.

Dans le coin, une bibliothèque en bois de chêne. Quelques livres y sont entreposés. Je les prends, et commence à les examiner. Il y a là Hamlet. J’ai vu cette pièce il y a longtemps, où un acteur, le crâne à la main, déclamait la célèbre phrase « to be or not to be ». Différents ouvrages sur la peine de mort, les batails les plus célèbres et sanglantes, la Nécrologie de cette année, Hum... Il y a également Les thanatonautes accompagné de L’Empire des anges, du même auteur. Etrange.
Je ne me sens pas très à l’aise.

Je fronce les yeux. La lumière est décidément bien faible dans cette pièce. L’ampoule grésille. Noir. Un effort de volonté me fait marcher jusqu’à la porte. Je progresse à tâtons, appuie sur la poignée et la tire vers moi. *Je suis immédiatement baignée de lumière.

Je suis de nouveau dans ce paysage irréel. Le même chemin grandiose auréolé de lumière. Je tends l’oreille et perçois une mélodie. Je lève les yeux. Nul ange entrain de chanter. Nul instrument. Rien. Pourtant, cette musique presque pompeuse semble provenir d’un chœur d’ange. Je continue ma route sur le chemin brillant de milles feux, les yeux pleins de lumières. Je me sens comme... Nostalgique...



Tout en marchant, je repense à toute cette vie. Le ciel est si bleu. Si pur.
Jamais je n’ai été si lucide. Et cette musique.
Je me surprend à fredonner la douce mélodie qui emprunt
cet air immaculé.

Mes yeux émerveillés contemplent les alentours...*
Lentement, le paysage commence à changer. Comme la dernière fois.
Je me retrouve ...



Dans un endroit qui ne m’est pas inconnue... Bien que très glauque. Une bougie en fin de vie est posée sur la cheminée, aux cotés d’un cadre. Dans ce cadre, une photo. Une photo de moi embrasant... non... embrassant un homme... La pièce est assez sombre. Les seules fenêtres sont couvertes de toiles d’araignées et de poussière. Un peu partout, des cendriers remplis décorent les meubles. Soudain, une silhouette jaillit de l’escalier à droite. Une petite silhouette. En fait, c’est un enfant. Mon enfant ! Mon fils. Il court vers moi, le sourire aux lèvres. J’ouvre les bras, les yeux remplies de larmes de bonheurs. L’instant semble éternel. Mon cher enfant arrive sur moi... et me traverse. Je me retourne, et je le vois se jetant dans les bras d’un homme. Le même que celui de la photo. Cet homme prend les mains et fait virevolter son fils. Le mien. Leur joie fait tomber la bougie. La bougie renversée enflamme le cadre. Il se consume lentement. Bientôt, il n’y a plus qu’un tas de cendre. Je regarde le garçon et son père, mais déjà, je ne distingue plus leurs visages. Ils s’estompent. Je suis devant deux individus inconnus.

Je m’éloigne et m’effondre dans le canapé. Je me relève immédiatement, une douleur aigue dans le dos. Je soulève les coussins et tombe sur plusieurs bouteilles d’alcools vides. Mes yeux sont lourds. Je distingue de nombreuses petites boîtes par terre. Des boîtes de médicament. En vracs sur la moquette. Une moquette brûlée en de multiples endroits. Je me dirige d’un pas lourd vers l’armoire. Les verres cassés traînent dans une épaisse couche de poussière.


Mais comme tout à l’heure, le paysage s’estompe, le terne laisse place au brillant, au pompeux. *Le fils rouge continue de louvoyer vers l’horizon. Je me déambule un sourire apaisé aux lèvres.

Je marche, je marche, sur mon nuage, un petit moment, un long moment, tout droit, vers l’horizon. Toujours les mêmes voix. Des voix célestes, envoûtantes.

Je me sens toujours bercée par cette musique planante, presque triste...
Je cligne des yeux, j’ai du m’assoupir... Je ne suis plus au même endroit.*


Curieuse pièce que celle dans laquelle je suis... Les fenêtres, remplacées par des vitraux colorés, inondent la pièce de lumière. La clarté est telle que l’on remarque à peine la flamme d’une bougie quelque peu entamée.
Je fais quelques pas, et soudain trébuche !
Je me suis pris le pieds dans... ma robe ? Depuis quand je porte une robe ? Une robe blanche, et brodée !

Je me sens bien ici, l’atmosphère est assez réconfortante. Je me sens entourée, j’ai comme l’impression d’être importante. Si j’allais voir dans la cuisine ? Une pièce montée est posée sur une table... j’en prends un morceau. J’aimais beaucoup ce genre de gâteau. Surtout la nougatine, quand elle croque sous la dent, répandant son goût sucré et mielleux dans la bouche. Lorsque le doux parfum enivrant du gâteau inonde les papilles de la langue. Lorsque le goût métallique envahit les sens et que...Un goût métallique ? Je sens un objet dur sous ma dent. Je sors l’intrus de ma bouche, le nettoie rapidement et l’expose à la lumière. Un anneau. Un anneau métallique simple, en or. Sûrement plaqué. A qui peut-il bien être ? Je ne peux pas le laisser là, par terre ou sur une table. Il a l’air précieux.

Je n’ai qu’à le mettre dans un verre ! Mais il n’y en a pas... du coin de l’œil, je repère un réceptacle. C’est un fin sablier... brisé. Je dépose la bague sur la poudre noire. Je sors de la cuisine, tout en regardant les nombreuses photos placées sur les murs. L’une d’elles en particulier attire mon attention. Elle est grande, et remplies de couleurs étranges. On peut y voir un rivage au loin. Le photographe semble être sur la mer, tourné vers cette île si mystérieuse. Si on observe bien, on peut discerner les bords d’un petit îlot sur le coté. Cette grande île semble si... mystérieuse... attirante. Les contours d’une barque apparaissent dans le coin inférieur gauche de l’image. Je suis déjà dedans, me précipitant vers le terre si convoité, frissonnante de curiosité, je parcours déjà l’île et... le paysage disparaît...


*Je suis encore et à nouveau sur ce chemin sans fin...

Je baisse la tête et continue ma marche sans fin. Pas à pas. Je tremble un peu. Mais ce n’est pas la nervosité, je me sens si légère dans cet endroit mirifique.
Je ferme les yeux, l’esprit planant.



Petit à petit, les nuages se colorent étrangement de rouge...

L’air s’épaissit, devient presque brumeux, opaque. Et rouge.
Je commence à entendre des coups. Des coups sourds, réguliers. Réguliers.
L’air forme comme une membrane autour de moi. Un œuf. J’ail les yeux lourds. Je me sens si sereine... si calme... Par-dessus les coups sourds, j’entends comme des voix, des suites de sons, lointains et sans sens spécifique. Je me replis sur moi-même. La musique lancinante se fait plus forte. Mon cœur tressaute.
Je frémis. Je suis en transe. Je vais m’assoupir.

...

Soudain, un point blanc lumineux apparaît devant moi. Il grossit. Grossit. Je tends la tête. Comme attirée. Il s’étend. Il est tellement grand qu’il pourrait contenir les cieux entiers en son antre. Je touche du doigt. Effleure. Tout semble immobile. Tout. Le temps s’arrêt. Planant.

Je...

Je rentre dans le disque blanc...

Jour...*






- Papa ?
- Oui ?
- Pourquoi la machine de maman elle marche plus ?
- Ce... ce n’est rien mon chéri... rien du tout...


...


Dehors, la pluie s’était arrêtée. La vie reprenait, les nuages disparaissaient face au disque solaire. Le piaillement des oiseaux saluait la sortie des gastéropodes.

Un rayon de soleil encore humide traversa la fenêtre de l’hôpital, triste, mais heureux en même temps, illuminant la pièce d’une lueur apaisante.


- Maman dort maintenant...

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